Hervé Lancelin à propos de Slavko Kopac

Slavko Kopac : un maître aux marges du visible

Écoutez-moi bien, bande de snobs : si vous n’avez jamais entendu parler de Slavko Kopac, ce n’est pas par manque de talent, mais parce que, collectivement, nous avons échoué à regarder là où se jouait l’essentiel. Tandis que les galeries parisiennes s’extasiaient devant des signatures consacrées, cet homme né à Vinkovci en 1913 a, dans le silence, construit l’une des œuvres les plus singulières du XXe siècle. Non pas sous les projecteurs, mais dans l’ombre féconde de l’Art brut, aux côtés de Jean Dubuffet, André Breton et Michel Tapié.

À l’heure où le marché de l’art atteint des sommets spéculatifs indécents, où les écoles multiplient diplômes et certifications, où l’art contemporain institutionnel semble souvent prisonnier de ses propres codes, l’exemple de Kopac résonne comme un appel salutaire. Il nous rappelle que le véritable art ne se mesure ni au prix ni à la notoriété, mais à sa capacité à toucher à l’essentiel, à plonger dans ces profondeurs obscures où se cachent les perles de notre humanité commune.

Kopac était un plongeur délien qui remontait à la surface avec des trésors dont nous commençons à peine à mesurer la valeur. Il fut aussi un passeur, qui consacra sa vie à promouvoir le travail d’autres créateurs. Cette double activité — créer et révéler — définit son exemplarité. À une époque narcissique où chacun cherche à briller, Kopac a choisi délibérément l’ombre portée par l’Art brut. Ce choix n’était pas un renoncement, mais une affirmation : l’art n’existe véritablement que lorsqu’il circule, lorsqu’il tisse des liens entre les êtres, lorsqu’il reconnaît la dignité créatrice de chaque être humain.

S’il fallait retenir une seule leçon de Kopac, ce serait peut-être celle-ci : la liberté en art se paie toujours au prix fort, mais elle demeure le seul bien qui vaille la peine d’être conquis. Kopac a payé sa liberté en renonçant à une carrière commerciale brillante. Il l’a payée en consacrant des décennies à une collection qui ne portait pas son nom. Il l’a payée en se tenant à l’écart des écoles et des chapelles. Mais ce prix, il l’a accepté avec joie, car il savait que sans liberté, l’art n’est qu’un métier parmi d’autres, une simple production d’objets décoratifs.

Extrait d’un article publié sur le portail du magazine Art Critic. Lisez l’intégralité de la critique au lien suivant :

https://www.artcritic.com/en/slavko-kopac-a-master-at-the-margins-of-the-visible/